Aliza Claude Lahav - Le concert

Le concert

 

Le fauteuil à ma droite était vide. La veille au soir j’avais déposé le billet dans sa boite à lettres, j’espérais qu’elle viendrait puisque c’est ensemble que nous avions prévu ce concert. D’ailleurs c’est elle qui aimait Brahms, beaucoup plus que moi-même ; nous avions en commun cette passion pour la musique. Les musiciens étaient à leurs places, la légère cacophonie du début battait son plein, comme pour faire espérer les premiers sons de la symphonie. Le chef d’orchestre fit son entrée ; elle, ne viendrait plus, j’en étais certain.  Devant moi tous les fauteuils étaient occupés. J’écoutais le tourment de ma tempête intérieure avec plus d’attention que le premier mouvement de la symphonie. J’étais plein de rancœur et d’amertume, j’avais mal.

    Elle était assise juste devant moi, une inconnue sans visage. Je ne voyais que son cou gracile. Ses cheveux étaient cachés sous un bonnet fait de perles fines de couleurs moirées, seules quelques fines mèches d’un blond très pale s’en échappaient. J’étais fasciné par cette nuque si fine et si longue. A l’andante moderato je rêvais déjà. Je remuais mes souvenirs des jours heureux où j’avais rencontré, également à une soirée musicale, cette femme que j’avais aimée. Je me laissais emporté par les sons qui comblaient ma tristesse un peu lourde ; la force et le coté dramatique de cette musique épousait complètement mon état d’âme. A l’allegro giocoso j’étais un peu rasséréné. Devant moi la tête au bonnet de perles s’était penchée en avant et le cou gracieux avait suivi le mouvement ; laissant ainsi pointer quelques petites vertèbres cervicales bien arrondies. Les épaules, toutes minces, frémissaient sous l’ampleur de la musique, suivant un mouvement intime et à peine perceptible. Je me demandais si elle souffrait, elle aussi. A la fin du quatrième mouvement les applaudissements éclatèrent avec enthousiasme. La femme se redressait lentement ; je crû remarquer qu’elle n’applaudissait pas, moi non plus.

     Autour de moi les fauteuils se vidaient, les gens bavardant entre eux, s’éloignaient. Je restais assis un long moment ; la femme n’était pas pressée de partir; curieux, j’attendais. Lentement elle se leva ; je ne la voyais que de dos, elle était très mince et j’imaginais un corps de jeune fille. Elle mit un manteau en velours qui avait l’air tout à fait démodé, comme d’un autre temps, j’eu un élan pour l’aider mais je n’en fis rien. C’est alors qu’elle se tourna vers moi ; je vis d’abord son profil puis son visage en entier. Elle avait une peau claire et fine, les rides profondes de l’âge semblaient s’y reposer tranquillement. Les fines perles encadraient parfaitement le visage buriné ; le regard, d’un bleu délavé, était cristallin, comme transparent. Elle me fixa d’un air étonné, puis me sourit timidement… la vieille femme se détourna et s’éloigna d’un pas léger. Je restais là, plaqué dans mon fauteuil d’orchestre, je n’avais pas envie de me lever, je n'avais même plus envie de rêver.

 

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Tous droits réservés

©Aliza Claude Lahav

Juin 2006    

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Commentaires (5)

1. AlysonNnt (site web) 08/10/2017

Oh Heavens. I don't know what to do as I have tons of work to do next week month. Plus the university exams are getting, it will be a stretch. I am already being nervous maybe I should url to calm down a little bit. Hopefully it will all go well. Wish me luck.

2. BethanyVkt (site web) 07/10/2017

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3. Louyse Larie 04/12/2013

Que voilà un bien joli concert ; écrit tout en finesse ; ce fut l'occasion pour moi de vous découvrir en ce très joli lieu !

4. Tippi 26/11/2013

Tu connais la joie et le plaisir que j'aie a te lire chère Aliza.

Nous sommes en variations d'une plume au concert avec toi et nous imaginons toutes sortes de choses notre regard caressant cette nuque comme une image qui nous entraîne ailleurs.

Tu as ces petits détails délicieux et cette manière de nous faire atterrir malicieusement ! À te lire bien des fois encore

5. Eve Zibelyne (site web) 26/11/2013

Enchantée de te lire ici, Aliza !
Un texte aussi élégant et fin que la dame !

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