Anna Logon -   La Correspondance de Léonie

La Correspondance de Léonie - 4

 

 

Lettres4

 

 

Saint-Auban, Octobre.

 

 

 

Mon Augustin,

 

 

      Voilà longtemps que je n’ai pu vous écrire, ma plume se languissait de vous. J’ai égaré mon calendrier, vous me pardonnerez ? Que de changement mon tendre aimé, si vous saviez ! Ce voyage pour Saint-Auban m’a échinée. Le Docteur Morand m’a forcée à quitter notre maison de Joli-Colombes. Ici, tout m’est si étranger, et j’ai perdu le silence de nos montagnes. Avec ça, j’ai très mal dormi, une musique de tous les diables pour fêter leur vin nouveau jusqu’à point d’heure ! D’ailleurs, ce ne sont pas des airs pour danser, plutôt de la musique de zazous ! Et toutes ces voix dans ma tête... Je suis si lasse... Savez-vous qu’ils remettent ça avec un feu d’artifice. Boudiou, je ne suis pas prête de dormir. Je ne sais si des somnifères me seraient bien utiles.

 

       Souvenez-vous à notre époque c’était quand même autre chose. Vous rappelez-vous le petit bal sur les bords de la Guariguette où nous nous sommes rencontrés ? Ah... « Jai deux Amours » ou « La Java Bleue »... Je n’ai jamais vraiment eu un joli brin de voix, mais il m’arrive encore de les fredonner. Je ne me souviens plus du nom de cette auberge, mais je revois très bien les petites tables carrées recouvertes d’une nappe rouge et blanc disposées en cercle autour du grand parquet réservé aux danseurs. Souvenez-vous, Marcel le commis devait le passer régulièrement au savon noir pour mieux faire glisser les pieds des valseurs. Et ce petit vin rosé des côtes de notre belle Provence, lui aussi il en aura fait tourner des têtes ! Je me suis d’ailleurs souvent interrogée si vous n’étiez pas un peu pompette lorsque vous m’avez demandé si nous pouvions nous fréquenter ? À moins que ce fût moi... émoustillée par les flonflons ?

 

      Par contre, je me souviens bien la fois où vous aviez fait un trou avec votre cigarette. C’était quoi déjà ? Ah oui, des Gauloises... dans ma superbe robe en mousseline de soie bleu nuit ! Je ne l’avais mise que deux fois ! J’ai bien cru ce soir-là que ma robe allait prendre feu jusqu’à ce que cet inconnu ne lui jette un broc empli d’eau ! Quel gougnafier ! Même achetée « Au Bon Marché » à Peipin, elle ne l’était pas tant que ça, vous pouvez me croire ! Avec l’eau la mousseline avait tellement rétréci que la robe avait raccourci montrant genoux et jupon ! Quelle honte, devant tout le monde, en jupon ! Je sens encore le rouge me monter aux joues ! Je vous en ai beaucoup voulu, vous savez.

 

         Je vous embrasse,

 

         Votre Léonie

 

 

 

 

❊❊❊❊

 

 

Le lendemain...

 

 

 




- « Où est le Docteur Morand ?
- Bonjour Léonie, c’est moi qui vous suis désormais. Comment allez-vous ce matin ?
- Mal ! J’ai pas dormi avec cette musique de sauvages venus tout droit de Papouasie ! Je ne voudrais pas que cela recommence ! Vous me comprenez ?
- Bien sûr... bien sûr...  Vous n’auriez pas dû être dérangée pourtant... Avez-vous bien pris tous vos médicaments hier soir ?
- Oui oui !... Enfin je crois... ce sont les bleus n’est-ce pas ?
- Ce sont les deux petites pilules blanches... Les bleus c’est pour corriger vos problèmes de voix. Rosina est là pour que vous n’oubliiez rien.
- Ma voix ?... Savez-vous que sans être Joséphine Backer ou la môme Piaf, je fredonne encore bien les airs de ma jeunesse... Qu’est-ce qu’elle a ma voix ? Vous savez avec toutes ces couleurs, on finit par mélanger.
- Léonie, c’est pour cela que Rosina vous donne ce qu’il vous faut.
- Ah... oui oui... mais je suis très inquiète...
- Qu’est-ce qui vous inquiète ?
- Je crois que Rosina vient voler mes pilules pendant que je dors.
- Pourquoi le ferait-elle ?
- Par jalousie pardi !  Elle n’a pas de pilule verte, elle !
- Vous savez Léonie, Rosina ne prend pas de pilule verte.
- C’est pour cela qu’elle les vole je vous dis, je l’ai vue ! Vous ne comprenez donc pas ? Morand me comprend, il est Docteur, lui !
- Si je comprends parfaitement... Et vos amis viennent toujours vous voir ?
- Non, il y a longtemps qu’ils ne sont pas venus. De toute façon, la dernière fois je n’ai pas du tout apprécié ce qu’ils ont osé me dire !
- Et que vous ont-ils dit ?
- Que des abominables choses ! Ils ne sont pas prêts de revenir, c’est moi qui vous le dis ! En plus, s’ils viennent c’est seulement pour me surveiller, je le sais bien. Ils m’espionnent ! Ce ne sont plus mes amis ! Je ne les verrai plus !
- Ils vous espionnent ?
- Oui, pour raconter ensuite partout ce que je dis et ce que je fais ! »  


  Léonie se met soudain à rire à gorge déployée :


- Ah ah, rira bien qui rira le dernier ! Je leurs réserve une surprise de mon cru sapristi !
- Une surprise ?
- Vous verrez bien !
- Je suis là si vous avez besoin de moi, je serais toujours là, d’accord ? On se revoit bientôt si vous le voulez bien... à très vite... »

 

 

 

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Tous droits réservés

© Anna Logon

Le 7 Avril 2014

 

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